Cultures du monde : des regards pluriels sur la Nature

Cette année, le nouvel an chinois est le mardi 5 février selon le calendrier chinois luni-solaire. C’est l’occasion de découvrir le rapport de l’homme à la nature dans la culture chinoise.

Alors, quoi de plus direct que de lire un conte chinois pour rentrer dans le sujet. Bonne lecture.

- La harpe apprivoisée -

Autrefois, en des temps très anciens, se dressait dans les grottes de la Porte du Dragon un arbre Kiri, véritable roi de la forêt. Sa cime haut dressée conversait avec les astres, ses racines profondément enfoncées dans le sol mêlaient leurs anneaux de bronze à ceux du dragon d’argent assoupi sous la terre.

 Un jour, un puissant sorcier transforma cet arbre en une harpe magique, dont l’esprit farouche ne pourrait être apprivoisé que par le plus grand des musiciens.

 Longuement durant, cet instrument fit partie du trésor de l’empereur de Chine, mais les tentatives de ceux qui essayèrent d’arracher une mélodie à ses cordes restèrent vaines. En réponse à leurs suprêmes efforts, la harpe ne laissait échapper que d’insensibles notes de dédain, qui s’accordaient bien peu à leurs chants. La harpe refusait de reconnaitre un maître.

 Vint P’ei Wou, le prince des harpistes. Sa main caressa tendrement l’instrument, comme l’on cherche à apaiser une cheval rétif, puis toucha doucement les cordes. Il chanta la nature et les saisons, les hautes montagnes et la course des torrents et tous les souvenirs de l’arbre se réveillèrent ! Le souffle tiède du printemps joua à nouveau parmi les branches.

Les jeunes cascades, dévalant les ravins en dansant, souriaient aux fleurs en bouton. A nouveau l’on entendit les voies rêveuses de l’été – myriades d’insectes, doux battement de la pluie, plainte du coucou.

Ecoutez ! Un tigre a rugi et le val lui répond ! C’est l’automne. Dans la nuit déserte, un croissant de lune, tranchant comme une épée, brille sur l’herbe couronnée de givre.

Maintenant, l’hiver règne et des nuées de cygnes tourbillonnent dans l’air enneigé, et des grêlons sonores frappent les branches avec une joie sauvage.

Alors P’ei Wou changea de ton et chanta l’amour. La forêt s’inclina comme un jeune berger ardent que ses pensées égarent. Là-haut, comme une vierge hautaine, passa un nuage éclatant, mais dont le sillage laissa sur le sol d’interminables ombres, noires comme le désespoir.

Le ton changea à nouveau. P’ei wou chanta la guerre, les sabres qui s’entrechoquent et les étalons qui piaffent. Et, dans la harpe, se leva la tempête de la Porte du Dragon ; le Dragon chevauchait l’éclair, l’avalanche au bruit de tonnerre courait dans les collines.

Le souverain céleste, saisi d’extase, demanda à P’ei Wou le secret de sa victoire. « Sire, répondit-il, les autres ont échoué car ils ne chantaient qu’eux même. J’ai laissé la harpe choisir son propre thème, et je ne pouvais dire si la harpe était P’ei Wou ou si P’ei Wou était la harpe.

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